Cette année 2026 marque à la fois le cinquantième anniversaire de la mort de Max Ernst, figure majeure du surréalisme, et la première grande exposition parisienne consacrée à l’une de ses compagnes : Leonora Carrington.

« Je n’avais pas le temps d’être la muse de qui que ce soit ; j’étais trop occupée à apprendre à devenir une artiste » écrit-elle plus tard, à propos de ses relations avec le milieu surréaliste. Max Ernst n’a pas été vraiment un mentor pour elle, mais il lui a transmis la maitrise de certaines techniques et a contribué à renforcer sa confiance en ses propres talents.
En 2024, son œuvre « les distractions de Dagobert » a été achetée 24 millions d’euros par un collectionneur privé. À titre de comparaison, le record pour une peinture de Max Ernst s’élève à 11 millions d’euros en 2011. Le talent de celle qui refusait d’être une muse est désormais pleinement reconnu.
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Née en Angleterre en 1917 dans une riche famille d’industriels catholiques, Leonora Carrington se révèle fantasque et rebelle. Elle suit des études artistiques, mais ses parents goutent peu ses premiers dessins et écrits, peuplés d’animaux fantastiques et de magie. Sa découverte du surréalisme, lors d’une exposition à Londres en 1936, est une révélation. Elle a 20 ans lorsqu’elle s’enfuit à Paris. Elle y rencontre les artistes surréalistes, et elle vit une relation passionnée avec Max Ernst. Il est marié, il a 26 ans de plus qu’elle, ils abritent leur bonheur dans le sud de la France, où ils partagent leur passion artistique.

La seconde guerre mondiale les rattrape et les sépare : il est détenu dans un camp, en raison de ses origines allemandes, sa judéité, et de son art déclaré « dégénéré » par les nazis. De son côté, elle s’effondre psychologiquement, s’enfuit en Espagne où elle est internée dans un hôpital psychiatrique par sa famille. Elle y subit des traitements violents qui la marqueront pour le reste de sa vie, et qu’elle décrira dans son roman En bas en 1973. Elle s’échappe, et afin de pouvoir quitter l’Europe elle épouse un ami diplomate mexicain. Elle se réfugie à New York en 1940, où elle retrouve d’autres artistes surréalistes : André Breton, Marcel Duchamp, Salvador Dali mais aussi…. Max Ernst. Lui aussi est parvenu à sortir du camp, il s’est exilé aux États Unis grâce à la célèbre collectionneuse américaine Peggy Guggenheim qu’il finit par épouser. Les deux amants s’étaient revus à Lisbonne avant leur départ d’Europe, et avaient compris que la guerre les avait changés : la folle histoire d’amour entre Leonora et Max était terminée.

Leonora Carrington comprend également que le mouvement surréaliste est surtout un monde d’hommes. Après la guerre, elle s’installe au Mexique, où elle peint, sculpte et écrit, avec succès. Elle n’est plus considérée comme une jeune anglaise excentrique, ou comme l’amante-muse de Max Ernst, mais comme une femme artiste à part entière. Son univers créatif est figuratif, teinté de magie, de mythologie, de forces féminines. Elle étudie les religions, l’ésotérisme, le folklore celtique comme mexicain, et elle collabore avec Remedio Varo et Kati Horna. Dans ses écrits, elle explore les notions d’identité, de transformation et de subconscient. Elle épouse le photographe hongrois, Csiki Weisz, un proche de Robert Capa. Ils ont deux enfants, et vieilliront simplement ensemble. Elle s’éteint en 2011, à l’âge de 94 ans.
L’exposition au musée du Luxembourg permet d’admirer une centaine d’œuvres de Leonora Carrington, principalement des peintures, dont beaucoup proviennent de collections privées. Les deux premières salles retracent son histoire, et permettent de mieux appréhender le reste des œuvres exposées, denses, étranges, mystérieuses, qui révèlent une esthétique singulière. Chacune mérite une observation attentive, pour en découvrir des objets et personnages fétiches, et pour admirer les différentes techniques de réalisation. Leonora Carrington disait « l’art doit être ressenti, et pas interprété » : cette exposition est un voyage dans un univers mystique, habité d’animaux, de sorcières dans des paysages fantastiques, où le visiteur se laisse porter sans chercher à tout comprendre.
Informations pratiques :
Au musée du Luxembourg, jusqu’au dimanche 19 juillet 2026, de 10h30 à 19h, nocturnes les lundis jusqu’à 22h

https://museeduluxembourg.fr/fr/actualite/leonora-carrington-une-voix-singuliere-du-surrealisme
