Née en 1862 à Jargeau dans le Loiret, Jeanne Chauvin devient orpheline de père à 17 ans.

Sa mère décide alors de rejoindre Paris, pour qu’elle et son frère, de milieu bourgeois, puissent réussir leurs études.

A la fin du XIXe siècle, la société française est profondément patriarcale. La place des femmes est avant tout au foyer et lorsqu’elles travaillent, elles sont cantonnées aux professions jugées acceptables : institutrices, couturières, infirmières, employées de commerce…

Le code Napoléon (1804) les prive de droits fondamentaux : incapacité juridique, exclusion politique et accès limité à l’éducation. Rappelons que les lycées seront fermés aux filles jusqu’en 1880.

L’ambition de Jeanne est de devenir avocate.

Jeanne obtient deux baccalauréats (lettres et sciences), une licence en droit en 1885 à l’université de Paris.

Dès l’âge de 25 ans, Jeanne Chauvin expose déjà ses idées sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Dans « la revue de France », elle écrit : « Dans la civilisation moderne, la femme ne peut plus n’être rien alors que l’homme serait tout… Philosophiquement et rationnellement, l’idée de l’égalité se conçoit et s’impose dans tous les domaines ».

En 1892, Jeanne Chauvin consacre sa thèse de doctorat à « l’étude historique des professions accessibles aux femmes ». Ses idées féministes ne font pas l’unanimité et sont même fortement contestées. Lors de sa soutenance, des étudiants envahissent la salle et provoquent une confusion générale.

La soutenance ajournée sera reprogrammée quelques jours plus tard. Jeanne Chauvin est reçue à l’unanimité du jury. C’est une première en France pour une femme.

Elle prend alors la plume dans « l’Illustration » pour célébrer « la mort d’une légende », celle de la supériorité masculine et de l’abîme séparant les deux moitiés de l’humanité.

Pourtant, son diplôme ne lui ouvre pas les portes du barreau. Les préjugés sont forts.

Pour les magistrats de l’époque, exclusivement masculins, la profession est un exercice viril par excellence. Il serait dangereux et injuste de troubler la sérénité des jugements par une séduction féminine indissociable du sexe dit « faible ».

La loi du 1er décembre 1900 va changer la donne : elle autorise les femmes à plaider, sous réserve d’une autorisation individuelle de chaque barreau.

Jeanne saisit alors cette opportunité et le 19 décembre 1900, elle prête serment devant la cour d’appel de Paris. Elle devient alors la première avocate de France.

Sa première plaidoirie porte sur « l’accident de chemin de fer très meurtrier de Choisy-le-Roi ». Elle y défend un aiguilleur accusé de négligence et elle obtient le sursis pour son client.

Jeanne Chauvin ne se contente pas d’exercer le droit. Elle dévouera sa carrière à revendiquer l’égalité pour la femme à la fois dans le domaine de l’éducation et dans l’accession aux professions privées et publiques.

Après plus de 20 ans de pratique, l’engagement de Jeanne Chauvin est reconnu au plus haut sommet de l’Etat. Elle est nommée Chevalier de la légion d’honneur, le 19 janvier 1926, par le président Raymond Poincaré, lui-même avocat.

Elle s’éteint huit mois plus tard, à 64 ans, dans sa maison de Provins où elle venait souvent peindre et se ressourcer.

Cent ans après sa mort, les femmes représentent plus de 50% des avocats en France.

Jeanne Chauvin nous rappelle que chaque avancée nécessite de longs combats et que la reconnaissance de l’égalité entre les hommes et les femmes reste un chantier permanent.

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