Le Pourpre, une couleur venue de la mer
Le mot pourpre nous évoque immédiatement le rouge ou le violet, ainsi que le luxe et la richesse. Quelle est sa couleur exacte ?
Quelques exemples ci-dessous:



Une question de genre se pose également : dit-on la pourpre ou le pourpre ?
Le pourpre, au masculin, désigne la couleur. La pourpre, au féminin, désigne une matière colorante, ou une étoffe teintée, dont les nuances vont du rouge au violet. Difficile à obtenir, la pourpre a été longtemps très couteuse et réservée aux empereurs et aux dieux durant l’Antiquité.
Un colorant issu du monde animal
Au départ, les colorants, les pigments étaient issus de la Nature, du monde minéral et végétal (exemple de l’ocre, de la garance). La pourpre apparaît déjà comme étonnante : elle provient non seulement du monde animal, mais encore du monde marin.
Dès 2000 ans avant notre ère, sur le pourtour méditerranéen, la pourpre était fabriquée à partir d’un animal marin : le murex, un mollusque gastéropode carnivore, qui peut atteindre neuf centimètres de long. Sa coquille est beige et orangée. D’où provient donc la couleur rouge ?

Elle provient d’un mucus, que le murex fabrique dans une petite glande de la taille d’un grain de riz. Ce mucus lui sert à attaquer ses proies, à les anesthésier avant de les dévorer. Le liquide est incolore, un peu jaune, mais exposé à la lumière, il devient vert puis bleu, violet et enfin rouge, en quelques minutes. La découverte de ce phénomène a dû provoquer une vraie surprise.
On commence aussi à comprendre pourquoi la pourpre est si précieuse : comment utiliser un mucus contenu dans une poche aussi minuscule ? Il faut environ 10 000 murex pour obtenir 1 gramme de colorant, quantité qui ne suffisait qu’à teindre l’équivalent d’un ourlet de vêtement.
Une fabrication secrète
Le murex vit en mer sur les fonds vaseux ou sablonneux, il est péché au printemps : des nasses contenant des appâts de débris de viande sont lancées. Le mollusque s’y attache, il est récupéré puis stocké vivant dans un bassin d’eau salée. S’il meurt, il expulse son mucus, qui est donc perdu en quelques minutes.
Les plus gros mollusques sont ouverts, et on récupère délicatement la glande remplie de liquide. Les plus petits sont broyés, on obtient une bouillie qui va donner un colorant de moins bonne qualité. Le liquide récolté est chauffé doucement pendant plusieurs jours dans un récipient en métal, avec du sel, des cendres, de l’urine (entre autres). Le processus dégage une forte odeur très désagréable. On obtient un colorant concentré, qui va donner des nuances allant du rouge au violet. Peu stable, il doit rapidement être utilisé comme teinture.
Chaque fabricant possède donc ses propres méthodes, ses propres recettes, jalousement gardées secrètes. Une grande partie de ce savoir-faire a disparu. Bien que l’écrivain romain Pline l’Ancien (23-79 après JC) ait décrit la fabrication de la pourpre dans son ouvrage Histoire naturelle, il n’en connaissait pas tous les secrets.
La pourpre réservée aux puissants
Les fils de soie ou de laine (parfois les tissus eux-mêmes), sont plongés à plusieurs reprises dans des bains de pourpre diluée. La teinte finale se développe pleinement par oxydation complète lors du séchage à l’air : la couleur obtenue est lumineuse et tenace, s’embellissant même pendant des années. Le prix des textiles tissés avec les fils de pourpre est par conséquent exorbitant. Pour teindre les fils d’une toge, 200 000 murex étaient nécessaires. Dans le monde antique, la toge totalement pourpre était donc réservée aux empereurs, aux généraux triomphants. Les sénateurs romains devaient se contenter d’une bandelette rouge, dont la largeur et l’éclat de la couleur servaient de marqueur social.

Au fil du temps, la pourpre ne sert plus seulement à teindre les vêtements. Elle est également utilisée dans les décorations murales, les meubles ou les bijoux. Dans la tradition chrétienne par exemple, elle orne d’abord les manuscrits sacrés avant de devenir l’attribut des plus hauts membres du clergé. Elle symbolise alors le sang versé par le Christ : de la pourpre impériale, on passe à la pourpre cardinale.
Le murex était autrefois abondant en Méditerranée. La ville de Tyr, dans l’actuel Liban, produisait la pourpre la plus réputée. Cette activité lui valut cependant la réputation peu enviable d’une cité aux odeurs pestilentielles, causées par les composés bromés du colorant. Le succès de la pourpre va entraîner la pêche intensive du murex. L’animal se fait de plus en plus rare avec le temps. L’apparition de nouveaux pigments et colorants va précipiter la fin de la fabrication du pourpre. La production disparait à la chute de l’empire Byzantin (15ème siècle).

Aujourd’hui, le murex est devenu rare en Europe. Pourtant, la pourpre continue d’occuper une place particulière dans l’imaginaire collectif. Héritage de plusieurs millénaires d’histoire, elle demeure le symbole de la richesse, du prestige et du pouvoir. Lors des triomphes militaires à Rome, la pourpre était jetée au sol, pour jalonner le parcours des vainqueurs : c’est certainement pourquoi encore aujourd’hui, un tapis de couleur rouge est déployé pour accueillir les personnalités, au palais de l’Élysée comme au Festival de Cannes.
Pour en savoir plus :
Visite du musée Archéa: https://assoagora.fr/visite-du-musee-archea-2/
