Guillaume Lewkowiez, professeur d’histoire et de relations internationales, a proposé une lecture historique, conceptuelle et théorique de l’ordre mondial, en insistant sur le fait que l’histoire permet d’éclairer l’actualité.

D’entrée de jeu le conférencier a rappelé que chaque citoyen participe indirectement au jeu international : consommation d’énergie, usage des technologies, déplacements, accès à l’information, etc. ….

Un peu d’histoire : la construction de l’ordre westphalien

– La guerre de Trente Ans (1618-1648) et les traités de Westphalie ont contribué à établir la souveraineté des états, la délimitation des frontières et le principe d’équilibre des puissances.

– Le nationalisme et la mobilisation des peuples (cf la révolution française) ont ensuite renforcé l’idée d’état-nation.

– Le Congrès de Vienne (1815), après la chute de Napoléon, a cherché à préserver la stabilité européenne grâce à des rencontres régulières de chefs d’état (le « concert des nations ») en dehors de tout conflit, mais dans une logique conservatrice visant notamment à contenir les mouvements révolutionnaires.

Les acteurs de l’espace mondial

– Les relations internationales concernaient les états. La mondialisation a fait éclater les frontières.

Aux acteurs traditionnels — États, alliances et organisations internationales comme l’ONU ou l’OTAN — s’ajoutent les entreprises multinationales, ONG, collectivités territoriales, groupes criminels, organisations terroristes, mouvements rebelles et populations.

– La mondialisation, particulièrement depuis les années 1990, intensifie les flux de marchandises, d’informations, de capitaux et de personnes.

Les migrations, le changement climatique, les catastrophes naturelles ou non (Tchernobyl), la criminalité et la fiscalité dépassent les frontières et nécessitent donc coopération et diplomatie.

– L’émergence d’une société civile internationale a été illustrée par des mouvements transnationaux tels que #MeToo, Black Lives Matter et certains mouvements de la génération Z.

Deux grandes théories s’affrontent pour expliquer les relations internationales :

– L’école réaliste, considère que les états sont comme des individus : ils défendent avant tout leur intérêt propre. Hobbes défend cette idée dans son livre « le léviathan » (1651). « L’homme est un loup pour l’homme ». Cette idée est développée ensuite par Hans Morgenthau, qui considère que le système international est anarchique et que les États privilégient leurs intérêts, leur sécurité et leur puissance.

L’équilibre militaire est une des conséquences de cette démarche. Elle peut produire une paix armée, mais aussi une course aux armements.

Seul moyen pour contrer cet état de lutte perpétuelle : confier le pouvoir à un souverain absolu (monarque ou assemblée) pour garantir la paix et la sécurité civile : le léviathan de Hobbes. L’Europe est une émanation de cette idée. Elle a permis de garantir la paix entre ses adhérents depuis près de 100 ans. Cela n’avait jamais été le cas auparavant. Mais pour combien de temps encore ?

– L’approche idéaliste puis libérale, développée par l’abbé de Saint-Pierre puis par Kant (« Vers la paix perpétuelle » – 1795) considère que « la conflictualité entre états est de nature, mais que ce n’est pas une fatalité ». Dès lors il faut miser sur la coopération, la participation des populations, l’interdépendance économique, le droit et les institutions internationales.

Les guerres mondiales et la mondialisation

– La Première Guerre mondiale est issue de la paix armée engendrée par l’ordre Westphalien et est conforme à la vision de Hobbes. L’unité nationale s’est construite par le rejet des autres. L’accumulation des armes a été l’élément déclencheur.  

 – A la fin de la guerre, en 1918, le président des USA, W. Wilson, propose dans un discours 14 points pour construire un monde en paix, dont notamment l’abolition de la diplomatie secrète, la limitation des armements, l’autodétermination des peuples et la SDN. D’ores et déjà la démarche était vouée à l’échec car rejetée par le congrès américain. Jamais les USA n’ont fait partie de la SDN. En tout état de cause, la SDN a échoué face à l’expansionnisme nazi.

– Après 1945, la rivalité américano-soviétique (la guerre froide) a maintenu un ordre largement étatique.

La création de l’ONU en 1945 répond à la défense de trois principes : paix par l’économie, paix par la démocratie et paix par le droit.

– Depuis 1991, en dépit de la disparition de l’URSS, la domination américaine annoncée a été totalement remise en cause. En effet l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001 bouleverse toutes les cartes.

Parallèlement la décolonisation, le djihadisme, les états fragiles, les nouvelles technologies, les migrations de masse entrainent des bouleversements majeurs aux conséquences largement imprévisibles.

Questions et échanges

– Les débats ont porté sur le concept de peuple et d’autodétermination, sur les limites de la force militaire, la puissance chinoise, l’avenir de l’Europe, la Cour pénale internationale, le rôle des religions et la difficulté d’arbitrer entre intérêts nationaux et principes éthiques.

– L’intervenant a conclu que la puissance seule ne suffit pas à imposer durablement un ordre. Ainsi, par exemple, les conflits menés par la puissance américaine tout au long du XXème siècle n’ont pas vraiment été couronnés de succès.

Les institutions et la capacité à construire un projet commun restent essentielles. Mais la coopération honnête et désintéressée est toujours difficile. Un exemple : l’avion de combat franco-allemand, après neuf ans de tergiversations et environ 3 milliards d’euros dépensés, a été officiellement abandonné en Juin 2026.

Prochaines conférences sur le thème de la géopolitique :

« La démographie fait l’histoire » – Samedi 23 janvier 2027

« L’eau, au cœur des enjeux et des rivalités internationales au XXème siècle » – Dimanche 21 Mars 2027