Goscinny, c’est évidemment l’inventeur d’Astérix, membre éminent de la tribu des irréductibles gaulois. Pour ceux qui l’ont oublié, la Gaule n’a jamais été conquise par Jules (César). Puisqu’encerclé par les garnisons de Petitbonum, Laudanum,  Babaorum et Aquarium, le village gaulois n’a jamais rendu les armes. Et puis, si tout le monde sait où se trouve Gergovie…. (le bouclier Arverne).

Conteur hors pair, trublion de l’histoire, Goscinny a révolutionné la BD par ses jeux de mots aussi sophistiqués que savoureux. Qui ne se souvient sans une certaine nostalgie du fameux « il ne faut jamais parler sèchement à un numide » (le domaine des dieux) ou de la création des HLM, Habitations Latines Mélangées (Astérix gladiateur).

René Goscinny est né le 14 Aout 1926. Pile 100 ans. « Paresseux contrarié » d’après ses dires, car né la veille d’un jour férié, c’est en fait un bourreau de travail, curieux de tout. Il n’est satisfait que lorsqu’il mène plusieurs projets de front. Qu’on en juge :

  • Avec son complice Albert Uderzo, il créé d’abord le personnage d’Oumpapah le peau rouge et de son ami le distingué aristocrate français Hubert de la Pâte Feuilletée, que ses amis indiens de la tribu des Shavashavas nomment « Double-Scalp », à cause de sa perruque. L’action se déroule en Amérique du Nord au XVIIIe siècle.
  • Toujours avec Uderzo, il donne naissance à Astérix, Obélix et compagnie. Ce sera un succès avec un tirage phénoménal de 100 000 exemplaires pour « Astérix et Cléopâtre ». Record à chaque fois battu à chaque livraison d’un nouvel album, jusqu’à atteindre plus d’1 million d’exemplaires.

Goscinny nous a fait découvrir les mèdes et les perses, les vikings et leur panthéon jusqu’alors quasi inconnu, les goths qui dévastèrent une bonne partie de l’Europe, avec Téléferic chef suprême des goths et Passemoilecric, un de ses nombreux adversaires.

Aujourd’hui traduit en plus de cent langues et dialectes, les textes d’Astérix font de Goscinny l’un des écrivains européens les plus lus et traduits au monde.

  • * Auparavant avec Sempé, il invente les aventures du petit Nicolas, pleines de tendresse, qui trouvent un regain de notoriété de nos jours.
  • * Avec Tabary, il donne naissance à l’ignoble vizir Iznogoud -et son fidèle homme de main Dilat Larath (Dilate la rate)-, qui ne rêve que de devenir Calife à la place du Calife. Caricature à peine exagérée de bien des hommes politiques et autres arrivistes.
  • * Avec Morris il scénarise nombre de Lucky-Luke, l’homme qui tire plus vite que son ombre. Grâce à lui, les Dalton, Billy the kid et Calamity Jane sont devenus des célébrités, hors USA ; de même que la course à l’or noir (à l’ombre des derricks) ou la ruée vers l’Oklahoma.  
  • * Il imagine les Dingodossiers avec un illustrateur appelé à devenir un cador de la BD : Gotlib.
  • … Et à coté de tout ça il dirige le journal « Pilote » qui lancera nombre d’auteurs : Christin et Mézières, créateurs de Valérian, dont Luc Besson a fait un film ; Jacques Tardi dessinateur incontournable de la guerre de 14-18 et Claire Brétecher, seule femme dans cet univers d’hommes, qui devint quelques années plus tard une observatrice impitoyables des travers des bobos dans le Nouvel Observateur (les frustrés).   

Goscinny a fait passer la BD à l’âge adulte.

Qu’on en juge par quelques exemples d’Astérix où on décèle plusieurs niveaux de lectures :  

La couverture de Astérix et Cléopâtre qui copie la publicité du film éponyme de Mankiewicz ( 14 litres d’encre de chine, 30 pinceaux, …);

  • La copie du « radeau de la méduse » de Géricault dans Astérix légionnaire ;

  • Dans le grand fossé l’un des héros s’écrie « le village, c’est moi », allusion au fameux « l’état c’est moi » de Louis XIV ;

La sportivité des français dans les « jeux olympiques » ;

La scène de banquet dans « Astérix chez les Belges », est directement inspirée du tableau « Repas de noces paysannes » de Bruegel

etc, ad nauseam ….

Car Goscinny s’amuse même à nous faire aimer le latin ; ainsi dans le bouclier Arverne :

Les aventures d’Astérix comptent environ 400 millions d’albums écoulés dans le monde depuis 1961, tandis que Tintin enregistre environ 250 millions d’exemplaires vendus depuis 1929. Mais Tintin résiste très fort … surtout en Chine, où on ne se lasse pas de lire et relire « Tintin en Amérique », best-seller indémodable au pays du Milieu.